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Valérian Geffroy
Doctorant
À l'IGD jusqu'en 2020

Des spatialités qui engagent et qui lient : le tourisme sportif de nature et ses communautés de pratique

Parmi les développements contemporains des loisirs, on peut observer des personnes qui, régulièrement, voyagent hors de leurs espaces quotidiens pour aller pratiquer des sports de nature, dans des lieux qui les attirent. Ce tourisme sportif de nature, objet central de la thèse, s'inscrit dans une série d'enjeux actuels importants pour l'étude des mobilités et pour la géographie : l'accroissement général des mobilités, leur forte valorisation sociale et culturelle, l'hybridation des loisirs avec les différents domaines de la vie, le fort investissement des espaces non urbains, dits « de nature », par les pratiques et les imaginaires de loisir.

Ce travail porte sur les spatialités du tourisme sportif de nature, c'est-à-dire sur les différentes manières d'agir avec l'espace et de le considérer au sein de cette pratique. Il les interroge autour de deux questions principales : celledu rôle de l'espace dans la construction des liens sociaux, et celle des spatialités comme objet d'appréciation.

Le projet s'inscrit dans une géographie à la fois interprétative et matérialiste, puisant largement dans les théories de la pratique ; celles-ci forment un ensemble théorique recentré sur l'action, sur le corps, et sur les modes communs de connaissance du monde, et proposent une synthèse contextualisante de l'idéel et du matériel, de l'individuel et du collectif. Ces options théoriques se traduisent dans deux concepts centraux : celui de communautés de pratique, qui désigne les collectifs formés par le partage de schémas d'action et de compréhension ; et celui d'engagement, qui permet de saisir la coordination entre un projet d'action et l'environnement dans lequel il se déroule.

Le travail est fondé sur des enquêtes qualitatives auprès de personnes voyageant pour trois sports de nature : le parapente, le kayak de rivière et l'escalade sportive. Les entretiens semi-directifs, au nombre de 76, avec 110 personnes, ont été menés dans cinq hauts lieux de ces différentes pratiques : Kalymnos, en Grèce, le Verdon, Annecy, Saint-André-les-Alpes et la Haute-Durance, en France. Parmi les matériaux qui complètent l'étude, le principal est un corpus de photographies de pratiquant.e.s, donnant un aperçu de la valorisation personnelle par l'image de l'expérience touristico-sportive.

L'analyse mène à l'identification et l'exploration de quatre dimensions essentielles des spatialités touristico-sportives. (1) Les espaces communs de cette pratique, construits par les circulations des personnes et les appropriations symboliques et physiques des lieux, dessinent une mondialisation affinitaire, faite d'espaces transnationaux et réticulaires et de centralités locales très spécialisées. (2) Le traitement de l'information géographique, essentielle pour ces pratiques sportives, emploie des savoirs experts du terrain, des jargons géographiques, qui trouvent aujourd'hui dans la médiation numérique, par des plates-formes collaboratives en ligne en particulier, des potentialités renouvelées de partage au sein de la communauté. (3) Sur le plan corporel et sensible, la pratique touristico-sportive de nature fonde son attrait dans une expérience de l'environnement que je qualifie d'immersion-action ; il s'agit d'une spatialité réflexive, qui déploie une relation intime avec l'environnement biophysique comme un ensemble de prises,et qui constitue un fondement important de la conception esthético-ludique de la nature. (4) Les investissements spatio-temporels individuels dans le tourisme sportif de nature s'échelonnent sur un gradient entre tourisme et mobilité-mode de vie. Ce dernier cas, où la pratique de mobilité de loisir confine au projet existentiel, reste minoritaire par rapport aux modalités touristiques de la pratique, mais témoigne d'une tendance à l'engagement fort dans ces pratiques, sources de satisfactions profondes et durables.

Ce travail contribue aux théories de la pratique principalement par la proposition d'intégrer pleinement le loisir à une théorie de l'engagement, c'est-à-dire de la coordination entre soi, le monde biophysique et le monde social. Il apporte à la géographie une exploration approfondie d'un ensemble cohérent de spatialités aux multiples dimensions – sensibles, matérielles, affectives –et montre comment ces spatialités se font constitutives de projets individuels et de communautés.