Jean Chamel (docteur en sciences des religions, Université de Lausanne, 2018) est anthropologue et chargé de recherche à l'Institut de géographie et durabilité (IGD) de l'Université de Lausanne, où il est membre du Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne (CIRM). Ses recherches ethnographiques interrogent la manière dont nos sociétés occidentales entrent en relation avec les entités non humaines en temps de crise écologique, des imaginaires de fin du monde des réseaux écologistes à la tristesse, à l'émerveillement et à la sollicitude qui entourent les glaciers alpins en voie de disparition.
Il a été chercheur invité à University College London, au Rachel Carson Center (LMU Munich) et au Colegio de San Luis Potosí (Mexique), et en poste à l'Université de Genève. Il a conjugué recherche et enseignement au Muséum national d'Histoire naturelle et au CNRS (Paris) ainsi qu'à l'Université de Lausanne. Il a également enseigné à l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM).
Sa thèse de doctorat a reçu le Prix de la Faculté pour la meilleure thèse de l'année (Faculté de théologie et de sciences des religions, Université de Lausanne, 2018). Il est qualifié aux fonctions de maître de conférences (section 20, ethnologie) par le Conseil national des universités (CNU), et a été colauréat du prix de la Fondation pour les sciences sociales (Paris, 2020). Il est membre de la Commission des politiques environnementales, économiques et sociales de l'UICN et partenaire scientifique du Musée d'ethnographie de Genève.
Avant de se tourner vers l'anthropologie, il a suivi une formation d'ingénieur (Arts et Métiers ECAM, Lyon) et obtenu un master en études du développement à l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève. Il a travaillé pour des agences des Nations unies à Genève et à Rome, en se spécialisant dans le développement des compétences en coopération internationale et dans l'analyse des politiques globales d'environnement et de durabilité.
Extinctions. Vivre avec les disparitions d'entités autres qu'humaines dans les Alpes (projet du Fonds national suisse de la recherche scientifique, FNS, 2025–2028)
Depuis 2025, Jean Chamel est membre du projet Extinctions, financé par le FNS pour quatre ans et dirigé par Prof. Laine Chanteloup. S'appuyant sur les études de l'extinction, le projet suit les transformations des manières de vivre humaines et non humaines dans les régions de montagne à travers deux études de cas : le déclin des galliformes de montagne et l'accélération de la fonte des glaciers. Dans le cadre d'un poste de deux ans au sein du projet, il dirige l'étude de cas sur les glaciers.
Sur les glaciers, son terrain suit la manière dont des alpinistes, des guides, des glaciologues, des cristalliers et d'autres observent le recul et l'« engrisaillement » de la glace et retravaillent leur attachement à celle-ci. Il s'appuie sur une ethnographie exploratoire en haute montagne alpine (bourse Retour CH du FNS, 2021–2022) et sur Living Mountains (subside Spark du FNS, 2023–2025), qui a testé si une forme d'animisme occidental peut se trouver dans l'expérience vécue que les pratiquants ont des montagnes.
Prolongeant ces travaux, il développe désormais une ligne de recherche sur le géopouvoir, c'est-à-dire le pouvoir du géologique et le pouvoir sur le géologique. Elle interroge la manière dont les sociétés gèrent, exploitent et protègent les montagnes englacées, la manière dont ces montagnes agissent en retour et sont perçues comme animées (animéité), et les conflits entre humains qui surgissent autour d'elles.
En 2024, il a cofondé glaciers ardents avec le regretté Nicolas Nova. Ce collectif organise des rencontres participatives au pied des glaciers alpins, où des participants d'horizons variés partagent leurs expériences des glaciers menacés et leurs relations avec eux. Six éditions ont eu lieu : les glaciers des Bossons et du Trient (2024), la Mer de Glace et, à Genève, sur les traces du glacier du Rhône (2025), le glacier de Miage et le glacier des Bois (2026). Le collectif est devenu un réseau de recherche informel qui compte des doctorants travaillant sur les relations entre sociétés et glaciers.
Depuis 2021, il a aussi collaboré avec des artistes, des écrivains et des cinéastes autour de la transformation de la haute montagne. Parmi ces projets figurent le cycle Enquêter avec d'autres êtres, avec la philosophe Vinciane Despret (Université de Lausanne et Théâtre Vidy-Lausanne) ; une année d'échanges avec l'autrice Ed Wige, soutenue par Pro Helvetia (« Fragments de glace »), qui a débouché sur son livre Comment meurent les glaciers (Mégafeux, 2026) ; et des contributions à des films et performances de Camille Llobet, Thomas Benard et Charlotte Qin. Son travail a été relayé par Le Monde, le Huffington Post, la RTS, Heidi.news et Reuters, entre autres, et présenté lors de conférences publiques au Club 44 (La Chaux-de-Fonds) et à la Société des Arts de Genève.
Collapsologie et fin d'un monde (doctorat, 2012–2018). La recherche doctorale de Jean Chamel était une ethnographie de réseaux informels d'interconnaissance parmi des intellectuels écologistes en France et en Suisse. Elle a montré que la pensée de l'effondrement relève moins d'une croyance en la fin du monde que d'une croyance en la fin d'un monde, accompagnée d'un appel à une relation non dualiste et non anthropocentrée au monde, partagée avec les spiritualités alternatives. Par l'observation participante, elle a décrit les rituels et les exercices de reconnexion avec le vivant du « Travail qui relie ». Les résultats ont paru dans des articles de Terrain, du Journal for the Study of Religion, Nature and Culture et d'Ethnologie française, puis dans son livre de 2024.
Droits de la nature et créativité rituelle (bourses postdoctorales, 2018–2021). Financé par des bourses de mobilité postdoctorale du FNS, hébergées à Paris (Muséum national d'Histoire naturelle et CNRS), à Londres (University College London) et à Munich (Rachel Carson Center), Jean Chamel a suivi des réseaux européens qui promeuvent les droits de la nature et leurs cérémonies de « reconnexion » avec les entités qu'ils défendent, comme les cérémonies de l'eau. Ce travail a ouvert un champ d'étude sur la créativité rituelle avec les plus qu'humains, ainsi que la question de savoir si une forme occidentale d'animisme est possible. Après deux panels internationaux qu'il a coorganisés (IUAES 2019, EASA 2020), il a codirigé avec Yael Dansac Relating with More-than-Humans: Interbeing Rituality in a Living World (Palgrave Macmillan, 2022), dont les neuf études de cas vont de l'Afrique de l'Ouest et du Mexique au Népal, à la Sibérie et à l'Europe.
Chamel, J. (2024). Fin du monde et effondrement de soi. Enquête aux racines de la collapsologie. Grenoble : UGA Éditions. https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.35601
Chamel, J. et Dansac, Y., dir. (2022). Relating with More-than-Humans: Interbeing Rituality in a Living World. Cham : Palgrave Macmillan. https://doi.org/10.1007/978-3-031-10294-3
Roux, S. et Chamel, J. (2026). « Living the End of Beauty: Threatened Landscapes and the Politics of Aesthetic Emotions ». American Anthropologist 128(3) : 607–617. https://doi.org/10.1111/aman.70102
Chamel, J. (2023). « Mourning Glaciers: Animism Reconsidered through Ritual and Sensorial Relationships with Mountain Entities in the Alps ». Humans 3(4) : 239–250. https://doi.org/10.3390/humans3040019
Chamel, J. (2023). « L'écospiritualité : se relier aux êtres de la Terre ». Ethnologie française 53(1) : 37–51. https://doi.org/10.3917/ethn.231.0037
Chamel, J. (2022). « Ritual Animism: Indigenous Performances, Interbeings Ceremonies and Alternative Spiritualities in the Global Rights of Nature Networks ». Dans Relating with More-than-Humans, dir. J. Chamel et Y. Dansac, 137–161. Cham : Palgrave Macmillan. https://doi.org/10.1007/978-3-031-10294-3_7
Chamel, J. (2021). « Waiting for the Ecological Apocalypse: From New Age Millenarianism to Collapsologie in French-Speaking Europe ». Journal for the Study of Religion, Nature and Culture 15(4) : 441–461. https://doi.org/10.1558/jsrnc.18703
Chamel, J. (2019). « Faire le deuil d'un monde qui meurt. Quand la collapsologie rencontre l'écospiritualité ». Terrain 71 : 68–85. https://doi.org/10.4000/terrain.18101
Chamel, J. (2019). « Relational Ecologists Facing "the End of a World": Inner Transition, Ecospirituality, and the Ontological Debate ». Dans Indigenous Perceptions of the End of the World: Creating a Cosmopolitics of Change, dir. R. Bold, 161–181. Cham : Palgrave Macmillan. https://doi.org/10.1007/978-3-030-13860-8_8
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